Se rendre disponible

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Contacter un psychologue, c'est la plupart du temps tout sauf une évidence. Même pour un psychologue! Je crois pouvoir dire sans trop me tromper qu'entre le moment où l'on se dit qu'on va le faire et le moment où le téléphone sonne, il peut se passer "un certain temps". Et même une fois l'appel passé, il n'est pas évident que l'on arrive facilement à franchir la porte du cabinet avec celui ou celle auprès de qui on a pris rendez-vous. Qui, au moins une fois, n'a pas osé donner suite?

Les raisons souvent invoquées sont très variables, mais au final tournent toutes autour d'un axe: ce n'était pas le bon moment. Comme si, lorsqu'on ne va pas bien, lorsqu'on est mal, et que l'on ressent qu'il nous faut de l'aide pour retrouver notre équilibre, il nous fallait -en plus!- attendre le bon moment pour pouvoir y aller: y aller vraiment! 

Cette sensation nous l'avons tous rencontré à divers niveaux. 

On peut l'appeler procrastination (c'est à dire l'art -ou le défaut, selon le point de vue- de remettre à plus tard une décision), mais on peut aussi plus simplement la nommer in-disponibilité. "Je ne suis pas disponible hic et nunc" pour m'engager dans ce que je souhaiterai faire. 

On sent bien à quel point cela est contradictoire: j'ai besoin d'aide, mais ce n'est pas le moment. 
C'est ce couple qui m'appelle, pris dans la tourmente de ses disputes. Il se disent qu'il faudrait prendre du recul pour casser le cercle vicieux et destructeur qui entraîne chacun à en vouloir à l'autre de la précédente altercation. Il faudrait que ça s'arrête un instant seulement pour qu'ils puissent venir me rencontrer, mais même sur le chemin du cabinet une dispute éclate, et le rendez-vous n'a pas lieu. Jusqu'à l'épuisement, ou jusqu'à la destruction.  J'aurai eu plusieurs appels de ce couple qui n'est jamais venu. La dernière fois, c'était pour me dire qu'il n'y avait plus besoin d'aide: c'était fini.

C'est aussi ce manager qui doit absolument passer me voir pour qu'on discute de sa difficulté à gérer son temps. Une difficulté qui le fait souffrir et qui met en danger son poste et son équipe. Mais... évidemment il n'a pas le temps: il est trop débordé!

A travers ces deux exemples, on entrevoit que la première des conditions pour espérer un changement dans sa vie quotidienne, ce n'est pas d'avoir le bon médicament ou la bonne thérapie à portée de la main, mais d'abord -et avant tout- de se rendre disponible. Car le monde ne tourne pas forcément comme on le voudrait, et le "bon" moment arrive rarement, et souvent trop tard. 

Cela demande donc à la fois de la volonté & du relâchement. Se rendre disponible c'est donc sur le plan cognitif un paradoxe -apparent. On peut le reformuler ainsi: être disponible c'est vouloir sans attendre attendre sans vouloir! En effet, lorsque je suis disponible: j'attends. Et j'attends sans vouloir: je me suis simplement donné du temps pour rien et ce rien est infiniment précieux, car il me permet de sortir de mes préjugés, de mes automatismes et de mes souffrances. 

C'est uniquement à cette condition que je pourrais authentiquement m'engager dans un nouveau chemin, trouver des solutions réellement nouvelles, pour mon couple, pour moi-même ou pour mon travail et mon équipe.

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