La question des conditions de travail est au menu de nombreuses négociations. C'est une question large : allant de la rémunération comme forme de reconnaissance jusqu'aux risques psychosociaux en passant par les conditions logistiques et matérielles.
Si on évoque souvent les risques de troubles musculo-squelettiques, il est plus rare que l'on ait à l'esprit les incidences sur le mental que peuvent induire des conditions matérielles et notamment l'espace de travail. Ces questions sont pourtant présentes à tous niveaux et ne sont pas nouvelles . Elles ont fait l'objet d'attentions particulières depuis longtemps : l'art du Feng Shui en témoigne...
Un peu comme si enlever un caillou de sa chaussure relevait d'une mission impossible, voire impensable!
Malgré les discours, le monde du travail parait intimement lié -au moins sur le plan physique- à l'idée de pénibilité, ou plus exactement à l'absence de confort et d'aisance physique. "On n'est pas là pour rigoler", ni pour se sentir bien". Sous entendu "et à la limite, si c'est ce n'est pas pénible, alors ce n'est pas du travail!"
C'est du moins ce qui ressort des enquêtes que j'ai pu mener sur la question. En ce sens, l'étymologie du mot "travail" est respectée, puisque le tripalium -instrument de torture qui a donné le mot travail- remplit toujours son office.
Au delà de ce constat que je ne suis pas le premier à faire, il semble qu'une fois les locaux installés, malgré d'éventuels inconforts parfois évidents, rien ne soit entrepris pour aménager l'espace et rendre plus confortable le lieu de travail.
Malgré la découverte du caillou, il semble inconcevable de prendre le temps de l'enlever avant de se remettre à marcher; du moins pas avant d'avoir vraiment mal. On ne remet pas en cause ce qui a été pensé et conçu sur le plan. Sauf que le plan... ce n'est jamais le terrain; la carte n'est pas le territoire. Problématique bien française s'il en est, depuis le "cogito ergo sum" et l'idée du cercle parfait cher à René Descartes.
Or, dans le domaine de l'ergonomie (c'est à dire la discipline de l'adaptation du travail et des moyens de travail à l'homme) la psychologie a eu l'occasion d'apporter quelques réponses. Ainsi, la taille du plafond dont on sait qu'elle influe plutôt sur la concentration (plafond bas) ou plutôt sur la créativité (plafond élevé). De même pour la lumière dont le caractère naturel ou artificiel, direct ou tamisé influe sur la motivation et le ressenti de la fatigue.
On pourrait encore citer le cas des plateformes de travail, dites "open-spaces" où de multiples facteurs psychologiques se croisent et impactent les salariés, parfois positivement et parfois moins. Sans entrer dans une analyse parfois complexe et nécessitant l'intervention d'un professionnel; il est intéressant de noter que certains changements simples et souhaités ne sont pas mis en place.
C'est par exemple un changement d'orientation de bureau pour faire face à son voisin et non plus lui tourner le dos Cela ne demande à priori que quelques minutes et fait pourtant l'objet d'une forte inertie!
Lors d'interviews à propos de ces situations, on s'aperçoit qu'un double blocage -psychologique- est à l'œuvre. D'une part il existe une forme de culpabilité à s'occuper de confort sur son lieux de travail et ce à partir du moment où le changement deviendrait visible et pourrait être perçu par d'autres! D'autre part, le temps et les moyens nécessaires pour changer un élément, une disposition de bureau etc. est présumé long, c'est à dire en réalité trop long! Alors même que la plus succincte des analyses montre bien souvent qu'une poignée de minutes suffisent pour régler une bonne partie du problème.
Et c'est ainsi que l'on peut arriver à marcher longtemps avec un caillou dans sa chaussure... qui alimente blogs et conversations.

bravo, clair, net précis...
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